Les femmes : victimes et réparatrices du mal
by Syrie Moderne Démocratique Laïque on Friday, December 16, 2011 at 3:14pm
La révolte en Syrie dure depuis neuf mois et a fait d’ores et déjà des milliers de victimes. Mais le détestable bilan de la répression ne se limite pas aux victimes directes et visibles. Les victimes indirectes ou invisibles sont peut-être dix fois plus nombreuses et ont souvent, en plus, à gérer des situations, souvent désastreuses, issues de la disparition de leurs proches.
Parmi celles-ci, les femmes occupent la première place. Elles subissent la brutalité des forces de sécurité, assurent, souvent seules et dans des conditions difficiles, la survie de la famille, s’occupent des enfants et prennent soin des malades et des vieillards. Et ce en plus de participer au mouvement de protestation dont elles ont été initiatrices, et de subir les conséquences de la culture de domination masculine.
Subir
En premier lieu, le viol et les sévisses sexuelles constituent le premier mal qui frappe les femmes dans une situation de conflit, moins par la quantité des victimes que par la spécificité de l'acte. A travers l'Histoire de l'humanité, cette pratique fut souvent la signature du vainqueur.
Dans différentes régions (Jisr Al Choughour, Bayyada et Homs), des rumeurs ou des récits ont couru au sujet des pratiques de viol commises par les forces officielles ou assimilées, à l'encontre des femmes protestataires ou de l'entourage féminin des protestataires.
Aux difficultés habituelles de vérification, notamment à cause de l’attitude du gouvernement et de ses forces, s’ajoute celle de la culture dominante qui préfère cacher « ces incidents » de crainte de maculer l'honneur de la famille, favorisant ainsi l’impunité des fautifs. Le silence devient objectivement complice.
D’autre part, les femmes ont parfois à supporter, en plus, la violence des conjoints qui extériorisent sur elles ce qu’ils ont intériorisé des violences et des humiliations qu’ils ont subies ou vécues. Mais aussi, elles ont à résister à la pression sociale de leur entourage, après le décès de leurs conjoints.
C’est ainsi que S., une JF de Douma, avec deux enfants, voit sa vie se détériorer du jour au lendemain, après la mort de son mari dans une manifestation. Ses parents veulent la remarier avec le premier prétendant afin de lui assurer une protection, alors qu’elle souhaite pouvoir prendre le temps de faire son deuil tout en se rendant compte qu’elle n'arrivera pas à subvenir aux besoins de ses enfants. Un jour, à cause de ces tensions, elle perd connaissance pendant des heures, et à son réveil, voyant le grand désordre mis par ses enfants, comprend à quel point elle est démunie.
D'autres témoignages font état d'accouchements d'urgence, notamment sur les frontières syro-libanaises, dans de très mauvaises conditions, faute de pouvoir arriver à temps à l’hôpital.
Réparer le mal
Mais de l’autre côté, ce sont les femmes qui contribuent le plus à assurer la survie de leur propre entourage fragilisé par la peur, le manque de moyens et la violence, et à aider les autres familles qui se trouvent sans soutien et sans revenue après la mort du père lors des manifestations.
N., enseignante à Homs, indignée par le sort réservé à sa ville natale qui ressemble actuellement, selon elle, à Oran de "la peste", rapporte qu’"il n' y a personne dans les rues, que des tas de déchets et les annonces des décès".
Très tôt, elle s'est organisée avec un groupe de femmes à assurer la survie des familles des martyres ou des détenus. Les risques qu'elle court ne sont pas minimes. Rien que la collecte d'argent peut la mener en prison. Malgré tout, elle n'épargne aucun effort pour aider et assister. Elle se rappelle du jour où elle a risqué, avec des amies de sortir de chez elle pour aller chercher des fournitures médicales du Croissant rouge pour les cacher dans un appartement, car "le Croissant rouge est fortement contrôlé par les forces de sécurité". Le seul "plaisir" qu'elle s'offre, c'est de manifester tous les jours !
La résolution 1325
Mise en œuvre en 2000, suite notamment aux conflits africains des années 90, la résolution onusienne 1325 [1], instaure des pratiques relatives à la protection des femmes et des filles lors des conflits.
Certainement bénéfique pour les femmes victimes et leurs familles en Syrie, cette résolution semble applicable au cas syrien. Il est donc urgent de demander son application à la communauté internationale. Et c’est à elle de résoudre tous les problèmes pratiques qui découlent d’une telle décision, à commencer par la mise en œuvre d’un réseau d’intervenants et d’observateurs pour enquêter, surveiller et aider sur le terrain ces victimes souvent silencieuses et solitaires.
Par N Z de Syrie Moderne Démocratique Laïque
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[1] Pour plus de détails, voir le texte de la résolution sur le site du conseil de sécurité :
http://www.un.org/french/ga/search/view_doc.asp?symbol=S/RES/1325%282000%29
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